Biographie de Pierre Guitton (malgré tout)

Publié le : 09/06/2015 18:32:43
Catégories : Artistes , Pierre Guitton

Qui ne se souvient des dessins et bandes dessinées au petits points de Pierre Guitton ?

Né à Loches en Touraine en 1944, il commence – selon lui – aussitôt à dessiner. Dans ses interviews, il dit toujours qu'il dessine les lapins de la même manière qu'il les dessinait à la craie sur son tableau noir de gamin.

En 1962, il entre à l'école des Beaux-Arts, où il obtiendra quelques années plus tard un diplôme national de peinture. La peinture est donc sa motivation première.

En 1969, une bande dessinée de Willem, parue dans Charlie Mensuel lui donne l'envie de s'essayer à la bande dessinée. Un premier dessin est publié dans ce même Charlie Mensuel (rédacteur en chef de l'époque : Delfeil de Ton) la même année.

1971 - 1974 : Zinc

En 1971, il fonde la revue Zinc (très beau pas cher) avec Gilles Nicoulaud. À un cheveu prêt, c'est la première revue de bande dessinée underground française : Quelques semaine avant, Claude Besnainou fondait Anathème, mais le sabordait après deux numéros pour rejoindre… Zinc. Zinc introduisait un état d'esprit « tout ce qui nous passe par la tête ». C'était franchement déconnant, frondeur, libérateur et bien dans l'époque. Rapidement, un proche de Choron chapeaute le projet. C'est que ces jeunes gens font un peu peur… Et s'ils détrônaient Hara-Kiri ? Peur bien inutile au demeurant quand on connaît les piètres qualités d'hommes d'affaires de ces jeunes troublions.

Éditée sur fond propres les deux premières années, La revue Zinc, à partir de 1973, est éditée par André Balland. Claude Krespin, qui travaillait alors chez Balland, raconte : « Une fin de journée, (hiver 1972/73 ?) André Balland m'appelle et me demande de le rejoindre dans son bureau. Il me présente Nicole Bley, Pierre Guitton, Gilles Nicouleau, Claude Baisnainou et… leurs cartons bourrés de dessins, de textes et surtout leur bébé, les premiers numéros de Zinc dans un format hors norme (rendez-vous organisé sur conseil de Jean-jacques Pauvert, éditeur de Nicole Bley).

André Balland, suite à cette rencontre, devient l'éditeur de Zinc et me charge d'être le chaînon entre Zinc et les éditions Balland. Voilà comment j'ai rencontré ce quatuor rare dans ces temps du siècle dernier… Belle et riche rencontre ! ».

Zinc aura fait débuter ou édité des auteurs aussi prestigieux que Francis Masse, Philippe Bertrand, Philippe Petit-Roulet, Gérarld Poussin, Jean-Claude Lourdel, Jean-Pierre Hugot, Jackie Berroyer, et bien d'autres.

Durant cette période, Pierre Guitton travaille également pour Actuel, Oz (revue underground britannique), Hara-Kiri et Charlie Mensuel.

1975 - 1980 : Charlie Mensuel et Hara-Kiri

En 1974, c'est la fin de Zinc. À partir de cette époque, Pierre Guitton travaille essentiellement pour Hara-Kiri et Charlie Mensuel. L'époque change… Pierre Guitton aussi. Son travaille gagne en poésie et en finesse. La mise en page et le récit éclatent littéralement ; beaucoup à regarder et peu à lire. On ne sait plus très bien si c'est de la bande dessinée, du dessin ou du rêve pur sur papier. Une invitation à la contemplation… aussi lente que son travail minutieux à la plume et à l'encre de chine. En 1978, Balland sort un recueil de dessins de Pierre Guitton et de son ami Philippe Bertrand : Tout doit disparaître. Ce sera le seul jusqu'à la publication de la rétrospective au Chant des Muses.

Les années 80

Pierre continue à travailler pour Charlie-Mensuel et Hara-Kiri, mais s'ajoutent À Suivre (les contes du lapin jaune), puis Zero.

En général, les années 80, c'est l'époque de la ligne claire et du retour – après les délires graphiques des années 70 – au récit. Si la ligne de Pierre Guitton reste enrobée – et même plus que jamais – d'une myriade de minuscules petits points, la mise en page, elle, se « classicise ». Certaines pages des aventures d'Hugette et Francine feraient presque penser aux mises en pages de Tintin tellement elles sont serrées : on y trouve des cases pas plus grandes que le quart d'un timbre poste standard !

Quand au récit, Pierre Guitton signe maintenant de longues histoires. Mais quelles histoires ! Un délire logique du début à la fin… quand il y en a une ! Au fond, on pourrait parler de cette période comme celle d'un « Hergé psychédélique » !

À y regarder d'un peu loin, Pierre Guitton – à sa manière distante – aura vécu toutes les turbulences de son époque.

La Peinture

En 1987, Pierre Guitton cesse toute collaboration avec la presse pour se consacrer exclusivement à la peinture. Quand on lui demande pourquoi il a abandonné la bande dessinée, Pierre parle de ses yeux qui ne sont plus ceux d'un jeune homme, de son envie de reprendre sa première passion : la peinture ; Et puis, sans doute était-il arrivé au bout de quelque-chose : Impossible d'aller plus loin dans la finesse du travail que dans ses dernières planches des années 80. La couleur aussi : Vue sa technique de dessinateur, elle ne pouvait être qu'un accompagnement discret. Tout – ou presque – était dit par les valeurs de gris suggérées par son travail de pointilliste. Mi-blagant, mi-sérieux, Jackie Berroyer, dans son texte hommage paru dans la rétrospective Pierre Guitton aux éditions Le Chant des Muses (2011), parle de lui comme « le Seurat des fanzines et autres journaux satiriques ». Bref, il fallait passer à autre chose.

Dans sa peinture, Pierre Guitton se rattrape de la discipline de fer qui fut la sienne pendant 15 ans, à noircir des pages de milliers de petits points. La couleur y explose ! Retour donc à ses premières amours. Plusieurs expositions lui ont été consacrées dans sa région, dans d'autres régions de France et certains pays d'Europe. Mais c'est une autre histoire…

Définition

Pierre Guitton : Dessinateur capable de passer des centaines d'heures sur un seul petit dessin à aligner des milliers de petits points. Le seul dont on agrandit les planches pour la publication.

Scoops

Oui, Guitton travaillait à la plume. Le secret de la précision de son travail ? Les plumes C. Brandauer & Ltd, Birmingham.

Non, Guitton n'a jamais travaillé avec une loupe.

Aphorisme

Si Robert Crumb – comme on l'a parfois dit – est le pape de l'underground, alors Pierre Guitton en est le bouddha !

Monsieur X

Partager ce contenu