L’impossible biographie de Pierre Guitton

Publié le : 09/06/2015 18:14:34
Catégories : Artistes , Pierre Guitton

Jusque-là, je rédigeais la biographie des artiste édités par Le Chant des Muses dans l'optique de concilier l'appétit éventuel des journalistes, les intérêts du Chant des Muses et ma curiosité personnelle, tout en respectant la sensibilité des artistes et la tournure qu'ils avaient donnée à notre entretien. Et ceux-ci se prêtaient assez aisément au jeu des questions-réponses auquel je les soumettais avant l'écriture du texte final.

Mais Guitton se révélait plus coriace. Lors de notre première rencontre, j'avais remarqué sa douceur, sa discrétion et son humour subtil. J'avais aussi noté qu'il était né la même année que ma mère (1944), et cela avait aiguisé ma curiosité à l'égard de ce grand gaillard attachant qui avait vécu mai 68 dans sa jeunesse …

Lorsque, quelques mois plus tard, je préparais notre entretien en vue de la rédaction de sa biographie, je cherchais d'abord des indices sur internet, à travers les rares sites qui parlent de son travail actuel en tant qu'artiste peintre. En termes biographiques, le contenu était pauvre et tous reprenaient les mêmes éléments : Pierre Guitton dessinait des lapins sur un tableau noir avant même de savoir parler.

Je formulais donc mes questions pour tenter d'inciter cet homme de peu de mots à me dévoiler les différentes facettes de sa personnalité et les moments marquants de sa vie d'artiste. Je rêvais de pouvoir dresser un portrait sensible de Pierre Guitton, qui laisserait entrevoir la face cachée de l'iceberg, et donc l'humain derrière le dessinateur. Mais c'était sans compter avec le côté rebelle du personnage, hérité de son passé dans le milieu de la bande dessinée underground des années 70.

J'arrivai en retard à notre rendez-vous, et Guitton m'avouait qu'il avait le trac. Je ne relevai pas sur le coup, pensant que c'était de l'humour venant de sa part. Mais je pense qu'il était sincère. D'ailleurs, moi aussi, j'avais le trac. Le trac de me retrouver en tête à tête avec lui qui avait vécu une période qui me fascinait, qui avait pondu des dessins qui me fascinent tout autant, et d'avoir la responsabilité de rédiger sa biographie.

Je me lançai tout de même, espérant qu'il se dégagerait de cette rencontre un fil que nous pourrions dérouler en commun. Mais à mesure que je posais mes questions, le malaise grandissait, autant de son côté que du mien. Je ne parvenais pas à instaurer le climat propice qui aurait permis à Pierre Guitton de se livrer. Il m'avoua pourtant son inquiétude. Il se méfiait du travail de communication qui allait être fait autour de cette entrevue, et s'interrogeait sur ce que ses mots allaient devenir entre les mains de quelqu'un qui, somme toute, ne le connaissait pas.

J'ai fini par comprendre qu'il fait partie de ces êtres qui s'apprivoisent, qui tissent lentement des liens, au fil des jours et des années qui s'écoulent à se côtoyer régulièrement. Plusieurs centaines de kilomètres séparent nos domiciles, et même si je décidais de m'installer à Loches, je ne disposerai décidément pas d'assez de ce temps précieux d'ici la sortie du livre. Je ne serai pas en mesure d'écrire une biographie de Pierre Guitton sans qu'elle n'ait un parfum artificiel, ni sans trahir quelque peu sa pudeur ou sa profonde humilité.

Je laisse donc aux personnes qui l'ont suivi de près, le soin de parler de lui à leur manière ; et à Pierre Guitton en personne, le choix de nous dévoiler ce qu'il veut bien, à travers les pages de ce livre sublime et ravageur à la fois : Et c'est pas fini ! Pierre Guitton restera sans doute un mythe pour beaucoup d'entre nous ; mais je sais qu'il existe : je l'ai rencontré …

Nathalie Broudet

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